Voeux 2018 pour la formation professionnelle

Au cœur de la période des voeux, nous allons formuler les nôtres pour la formation professionnelle en 2018.

Acteur du marché depuis près de 20 ans, nous portons un regard enthousiaste à l’aube des changements qui se dessinent dans la réforme de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Nous sommes également conscients des nombreux points de frictions que notre système et nos pratiques créent.

 

Réformer l’état d’esprit pour transformer la formation professionnelle (ou le contraire)

Le fonctionnement de la formation professionnelle actuelle est issue d’une politique étatique post 2nde guerre mondiale destinée à reconstruire le pays. Elevée au rang de droit dans la Constitution en 1946, la formation professionnelle fut mise en place pour développer le progrès social et économique. Sa rapide évolution lors des 30 Glorieuses se concrétise en 1972 avec la mise en place d’un accord national interprofessionnel érigeant une obligation de dépense de formation à la charge des entreprises.

Dès lors, bien que les gouvernements successifs apportent de nouvelles dispositions visant à développer les compétences des salariés ou à financer la formation professionnelle, le cadre de référence restera jusqu’à ce jour assez similaire.

Ces 46 ans d’obligation de dépense de formation ont peu à peu dévellopé dans les entreprises des comportements paradoxaux :

  • les entrepreneurs et capitaines d’industrie ont classé la formation professionnelle comme un centre de coût obligatoire quand bien même ils avaient conscience de l’importance de former leurs collaborateurs pour améliorer la profitabilité.
  • La formation professionnelle s’est peu à peu installée dans les entreprises dans un fonctionnement administratif (au mauvais sens du terme) où l’objectif est de dépenser un budget annuel en formation pour ses salariés. Le mille feuille administratif s’est alourdi par la complexification de la chaîne de valeur de la formation. Il est aujourd’hui nécessaire de « libérer » la formation de son caractère administratif pour concentrer son action sur le caractère pédagogique.

 

Cette progressive glissade vers « l’économie de la dépense  » a bien des fois éloigné la formation professionnelle des enjeux stratégiques de l’entreprise, les comités de directions ayant plus conscience de la dépense que de la valeur générée par le développement des compétences de leurs collaborateurs.

 

Le ROI de la formation professionnelle n’a pas encore vu le jour car le système s’est enkilosé dans la réponse à une obligation légale sans penser à trouver les indicateurs et ressorts de valorisation de la formation professionnelle.

On demande aux services formations de gérer des budgets plus que de développer les compétences des collaborateurs

Proposition d’action concrète : simplifier l’administration de la formation et les interactions entre les acteurs (entreprise, OPCA, régions….)

 

La formation comme créateur de valeur

Il est primordial de donner à la formation les moyens de valoriser son action. Des 1ères actions avec l’instauration du Datadock commencent à donner plus de lisibilité à l’offre sur le marché et poussent à développer la qualité des formations. Les chiffres actuels nous invitent  à aller beaucoup plus loin. Le marché des organismes de formations est extrêmement fragmenté avec plus de 66 000 acteurs. Seuls 8 500 acteurs font de la formation leur activité principale et 72% des entités totalisent moins de 75K€ de CA. La freelancisation de ce métier (et de la Société) explique aussi cette majorité de petits opérateurs. Ces chiffres illustrent tout de même une offre pléthorique sans pouvoir en évaluer l’apport de compétences associées. L’évaluation de la formation  des organismes mais surtout des contenus, doit devenir la norme. Les acheteurs de la formation, qu’ils soient publics ou privés  doivent pouvoir s’appuyer sur des éléments factuels ou des feedbacks (notations….) afin de choisir la formation idoine.

Les acteurs de la formation se sont trop longtemps contentés d’évaluer les retours à chaud des stagiaires sans prendre en compte la rétention des connaissances à court et moyen terme et la mise en application des nouvelles compétences dans une optique de développement de la performance. A ce titre, le modèle de Kirkpatrick, vieux de 60 ans, n’en est pas néanmoins contemporain comme grille d’analyse(1).

 

Proposition d’action concrète : Renforcer le Datadock avec la mise en place de bonnes pratiques sur l’évaluation de la formation afin de faire émerger les parcours d’apprentissage les plus performants par thématique.

 

La formation comme levier de relance de l’économie

 

Nous avons la chance d’avoir un des taux de productivité les plus importants en Europe. C’est à dire qu’un français génère une valeur importante par heure travaillée. Face à cela, nous avons l’un des taux les plus bas  d’actifs ayant accès à la formation professionnelle (36% sur 1 année).

Des économistes ont prouvé la relation entre augmentation des populations formées et augmentation du PIB. Notre potentiel de croissance est donc important et la formation professionnelle a un rôle stratégique à jouer dans la compétitivité de la France sur l’échiquier international (2).

Proposition d’action concrète : Mettre en place une politique volontariste de formation, notamment dans les TPE-PME (seulement 34% des salariés des de 1 à 19 salariés sont formés chaque année- voir p.22 (2)), afin de généraliser les actions de formation annuelles chez les actifs : financement, crédit d’impôt….)

 

La formation adaptée au cerveau (et non l’inverse)

Les récents progrès des neuro-sciences nous permettent aujourd’hui d’affirmer, non seulement que la plasticité neuronale est importante, mais également que les mécanismes de mémorisation sont largement conditionnés par le type de modalités pédagogiques proposées. Les ingénieurs pédagogiques se penchent de plus en plus vers des expérimentations ayant pour objectif de mesurer l’efficacité d’un apprentissage selon son mode d’administration (présentiel, blended, full digital, VR…).

Les neuro-sciences couplés à intelligence artificielle promettent de pouvoir prochainement proposer des parcours de formation individualisés afin de tenir compte des caractéristiques neuronales de chaque apprenant : certaines personnes apprennent plus facilement par petites sessions de 15 minutes et d’ autres personnes ont besoin de sessions plus longues.

Nous devons nous saisir de ces avancés scientifiques et technologiques pour développer les compétences de nos citoyens et la compétitivité de nos industries.

Proposition d’action concrète :  Exploiter les résultats de la mission du conseil scientifique sur les neuro-sciences nommé par le ministre de l’Éducation et étendre la mission pour exploiter l’apport des neurosciences à l’âge adulte dans les actions de la formation professionnelle (3).

 

Utilisateur-centric et coaching 

L’enrichissement du catalogue  de formation et la simplification des formalités administratives liées  au CPF, présentées dans le projet de loi, sont des mesures favorisant l’autonomie des personnes. Chacun doit devenir acteur de son propre développement et d’ailleurs, les français n’ont pas attendu le législateur pour prendre en mains le développement de leurs compétences. Dans les entreprises, de nombreux salariés se forment hors du cadre stricto sensu du plan de formation et passent sous le radar des services formation. La multiplication des MOOCs universitaires (Fun Mooc, Coursera, Edx…) ou professionnels (Unow, CoorpAcademy…), l’offre pléthorique sur les plateformes d’elearning, comme Linkedin Learning ou Udemy, ont largement vulgarisé l’auto-formation. Un certain nombre d’entre nous ont compris, qu’à l’heure de cette transformation digitale (qui modifie profondément nos usages, nos comportements, nos modes de communication et de travail), ils devaient être les principaux acteurs de leur propre changement.

Ce processus de transfert de responsabilisation doit être accompagné par les différentes instances : en entreprise, les services formation doivent se saisir de cette tendance pour accompagner les collaborateurs. Une étude parue sur Harvard Business Review (4) montre que le taux de complétion d’un MOOC passe de 15% à 58% quand le collaborateur est accompagné au sein de son entreprise.  Le service formation doit se muer en coach de carrière, en conseiller d’orientation afin de faire profiter à l’organisation du développement des compétences de ces salariés.

Proposition d’action concrète : Dispositif d’abondement du CPF par l’entreprise à la demande du salarié permettant de montrer le soutien de l’entreprise à l’initiative individuelle sur un certain nombre de formations pertinentes pour les 2 parties.

 

Mettre l’employabilité comme 1ère cause nationale dans l’économie

Il partait surréaliste d’avoir un taux de chômage aussi élevé comparé aux plus de 300 000 postes non pourvues à Pôle Emploi en 2017. Ces 300 000 emplois cachent sûrement une réalité de chiffres beaucoup plus importants, notamment sur des métiers en forte tension. L’initiative de la Grande Ecole du Numérique, avec plus de 400 établissements référencés pour former les développeurs web, responsables cybersécurité ou spécialiste en intelligence artificielle (Simplon/Microsoft) montrent que nous pouvons fédérer des acteurs très dynamiques pour développer des compétences pénuriques.

Les projecteurs sont tournées sur le numérique, et sur les compétences fondamentales à acquérir pour être compétitif demain. Il n’en reste pas moins d’autres secteur d’activités et d’autres métiers où l’adéquation entre l’offre et la demande n’est pas équilibrée. Dans les services à la personne, dans l’industrie, sur certains métiers liés à la gestion et j’en passe…des entreprises ne recrutent pas faute de candidats suffisamment formés. De l’autre côté, des demandeurs d’emploi motivés sont prêts à se former à un nouveau métier si le gisement d’emplois  est important.

Il faut rapprocher la formation des demandeurs d’emplois du marché du travail, des entreprises sont prêts à signer des promotions entières de candidats s’ils ont au préalable suivi et validé la formation idoine.

 

Proposition d’action concrète : L’Etat doit simplifier la mise en place de formations dits « employantes » et raccourcir les délais de validation d’une demande de formation pour un demandeur d’emploi (7 mois de moyenne entre une inscription à Pôle Emploi et une entrée en formation(2)).

L’Etat doit également fédérer des initiatives privées sur d’autres secteurs pénuriques (sur le modèle de la Grande Ecole du Numérique) afin de dynamiser l’offre de ce type de formations.

 

 

(1) Le modèle Kirkpatrick
https://sfc.unistra.fr/la-formation-continue-a-luniversite/des-formations-evaluees-et-certifiees/le-modele-kirkpatrick/

(2) Etude FFP et Roland Berger 2017
http://ffp.org/uploads/document/Etude2017_FFP_RolandBerger.pdf

(3) Les neurosciences sont-elles l’avenir de l’école
http://www.leparisien.fr/societe/les-neurosciences-sont-elles-l-avenir-de-l-ecole-10-01-2018-7491924.php

(4) Can MOOCs solve your training problem ?
https://hbr.org/2018/01/can-moocs-solve-your-training-problem?

By | 2018-01-25T17:55:26+00:00 janvier 18th, 2018|

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